France 2, la ZDF, Merkozy et les conséquences stratosphériques
Il y a deux jours, Angela Merkel, chancelière allemande, et Nicolas Sarkozy, président de la République française, ont donné 20 minutes de leur temps à France 2 et à la ZDF. Attention, interview choc.
Première différence, première question (ben oui, les journalistes doivent hiérarchiser l’information, quoi). Le journaliste allemand demande à Nicolas Sarkozy ce que ça fait de se faire diriger par l’Allemagne sur le plan européen. David Pujadas, lui, préfère en substance parler de cuisine électorale française à Angela Merkel : « Alors, c’est vrai, vous allez vraiment soutenir Sarkozy pour la présidentielle ? Pourquoi ce soutien ? » C’est vrai que le soutien franco-allemand peut apparaître comme surprenant ; ils appartiennent à des partis politiques tellement opposés !
Hélas, Pujadas a rapidement déteint sur Frey, qui cherche alors à savoir si sa chancelière rencontrera François Hollande. Il oublie Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, Debout la république et toute la compagnie présidentielle — liste non exhaustive, donc.
La prochaine question (quel soutien vous apporte Angela Merkel, est-ce que la France doit copier l’Allemagne ?) a enfin le mérite d’apporter un élément intéressant, presque nouveau en ce qu’il demande directement au président si, oui ou non, il faut tout faire comme en Allemagne. Dommage, cependant, ne pas avoir apporter les éléments de fact checking présents ici ou là.
S’en suit justement un rappel des faits de Peter Frey : « M. le président, vous n’avez pas toujours témoigné de la même admiration pour Angela Merkel… » ce qui permet à Nicolas Sarkozy de descendre les 35 heures et la retraite à 60 ans « au moment où nos amis allemands renforçaient leur compétitivité. » Et Frey de rebondir, tout fier (ou bien très jaloux), envers Angela Merkel : « Vous avez prévenu Nicolas Sarkozy que les Allemands travaillaient plus longtemps ? »
Et etc..
Ah non. David Pujadas parle de la renégociation du traité budgétaire en cas de victoire de François Hollande. Là aussi, c’est trop tard. Angela Merkel avait déjà répondu à la question (quasi identique) d’un journaliste du Standaard le 30 janvier à Bruxelles. Sauf que depuis, la chancelière allemande s’est entrainée à répondre. Elle s’était en effet mélangé les pinceaux en Belgique, mais cette fois, le discours est claire : quand un pays s’engage, on peut s’appuyer sur lui malgré les turpitudes politiques. Pas de renégociation en vue, donc… il faut assumer la parole des prédécesseurs. Assez tendancieux. Proche de Godwin (je vois Guéant sourire du coin de la table).
Après 14 minutes d’interview, sortie du monde franco-allemand par Peter Frey. La Grèce, on fait une Grexit ? Au passage un peu de fact cultural checking, si quelqu’un peut dire à Nicolas Sarkozy que la Grèce, c’est plutôt 11 millions d’habitants et pas 9 millions, il évitera de se tromper la prochaine fois. Bon sinon, dixit le président français, la faillite de la Grèce aurait des « conséquences stratosphériques… » (Google fait référence à un hiver nucléaire, quand même).
Dans sa dernière question, le journaliste de la ZDF rappelle, en tout cas pour lui, que l’Union européenne, avant d’être une union économique, est une union politique. Et de demander quelle (nouvelle) part de souveraineté la France serait prête à donner à l’UE. La réponse est claire (et même, allez, belle !) : « On n’abandonne pas la souveraineté, on la partage tous ensemble » (attention, ici, je résume).
Pour la conclusion, le journaliste de France 2 tente, sans succès, d’arracher au président français une réaction aux propos de Claude Guéant, son ministre de l’Intérieur (qui juge que les civilisations ne se valent pas toutes). Et essaye de savoir s’il se déclare candidat à l’élection présidentielle. Aucune description de son rasage matinal n’a cependant été obtenue.
À propos
Work in Progress.






