Le président de la Commission européenne a esquissé hier quelques solutions de sortie de crise. Sans convaincre. — Article publié dans la Tribune de Genève de ce jour

Comme si de rien n’était. C’est l’attitude qu’avait hier le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, en annonçant devant quelques eurocrates sa vision du futur de l’Europe, ses solutions pour sortir l’Union de la crise. Un discours d’un quart d’heure, où rien ne dépasse, pas même quelques formules où l’on apprend que, non, « le statu quo n’est pas une option. Un grand bond en avant est nécessaire, il faut pour cela de l’ambition, une vision et de la détermination. »

 Ou encore, « Une plus grande solidarité et une plus grande responsabilité doivent aller de pair », éventuellement pour rappeler aux Grecs que les vacances sont terminées. Un discours creux, donc, reflet de l’impossibilité pour l’Union européenne de se faire respecter par les citoyens. Mais l’homme de 56 ans, né à Lisbonne, ne pêche pas uniquement par manque de charisme ou de façon de convaincre dans ses discours  ; il pêche également par son manque d’efficacité à maintenir et faire progresser le projet européen.

 Une deuxième chance manquée

 Pour Mario Telo, le vice-président de l’Institut d’études européennes de l’Université libre de Bruxelles, José Manuel Barroso est une déception. « En 2009, lorsqu’il a débuté son deuxième mandat à la tête de la Commission européenne, il y avait de l’espoir pour un nouvel élan européen. Et puis, aujourd’hui, la déception est partagée en Europe», raconte-t-il.

 Le chercheur ne désigne pas le membre du Parti populaire européen comme seul coupable  : « Il ne faut pas personnaliser cet échec, surtout si on compare avec les grands noms, Delors ou de Gaulle par exemple. Barroso se retrouve coincé derrière le Conseil européen et son président, Herman Van Rompuy, et bien sûr, les États membres.» Tout de même, la déception amenée par l’ancien premier ministre portugais est perceptible. « Avec Delors en 1989, c’était autre chose, c’est la Commission européenne qui a eu l’initiative de l’union monétaire et les gouvernements ont suivi. Aujourd’hui, c’est l’inverse », analyse Mario Telo.

 Merkel en dernier obstacle

 Et l’inverse va probablement se reproduire jeudi et vendredi lors d’un sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne à Bruxelles. Barroso qui souhaite une espèce de fédéralisme monétaire se mettre en place entre les pays qui veulent avancer — malgré le risque d’une union à deux vitesses — risque d’être déçu.

 Dans ses espoirs, on retrouve surtout les souhaits de Berlin  : responsabilité, responsabilité et responsabilité des pays. C’est-à-dire un contrôle accru des budgets nationaux, des recommandations au niveau de la zone euro si ceux-ci ne sont pas conformes à la règle des 3 % maximum de déficit. Et José Manuel Barroso de faire tout de même un signe à François Hollande, avec une possibilité de voir se créer, après révision des traités, des eurobonds. Sauf qu’encore, en fin d’après-midi, hier, Angela Merkel a fait taire le président en déclarant qu’il n’y aurait « pas de responsabilité partagée sur la dette » aussi longtemps qu’elle vivrait.

 

Comments are closed.