Souviens-toi l’été dernier. C’était pour ainsi dire le début de ma carrière. Juillet. Tergnier. Journal : L’Aisne Nouvelle. J’y suis resté 5 mois.

Le canard m’a donné ma chance, je n’avais pour ainsi dire aucune expérience professionnelle, ce genre de chose qu’on demande dans le milieu et, surtout, je ne sortais pas d’une de ces écoles françaises élitistes de journalisme — mais ça c’est un peu la patte locale : beaucoup de journalistes de L’Aisne Nouvelle — à Tergnier, du moins — viennent du coin sans être passés par la case école. C’est bien.

J’ai été assigné au bureau de Tergnier. Au début, c’était plutôt difficile et je ne dois mon salut technique — comment donc ça marche, ce Millenium — qu’à une autre jeune journaliste en remplacement, comme je l’étais. Elle était arrivée deux mois avant moi. Merci, Perrine.

Avec les platitudes, on ne prend pas de risques, c’est tellement facile de faire un gros clin d’oeil, tandis que la vérité, c’est une autre paire de manches. H. S. T., lettre à William J. Kennedy, San Juan Star

Si on oublie l’aspect technique, j’ai pu faire le constat direct d’une confrontation dans l’exercice du métier. Pour faire court, servir le pouvoir local ou le dénoncer. Dans ce raccourci, ils se reconnaitront peut-être : Marc (et son blog), Thibaut, Ludo, Valérie, Jean-Michel, Pascal. Merci.

Et puis les faits divers avec Florence. Merci aussi — même si le pédophile à la camionnette bleue court toujours. C’est le service qui compte au journal — il fait tout le temps la une, soit-disant que ça fait vendre.

Le terrain, rien que le terrain

 Au-delà de tout ça, ce qui était remarquable à L’Aisne Nouvelle, c’était le terrain. Ce travail fut une perpétuelle promenade. Entre les concours de pêche, les brocantes et les lotos, c’était ça, la vraie vie. Les vraies gens, les vraies choses, quoi — c’est, je crois, en grande partie pourquoi un journal est lu : on sait tout ce qui ce passe, même si le tournoi de belote n’est couvert qu’une d’une ligne et d’une photo deux coll’, la mission est un succès. Et puis, c’est beau, l’Aisne…

Tout doit disparaitre

Il était tout de même temps que je parte de ce trou avant de m’y engluer ; parce que, et puisqu’il faut tout dire, c’est chiant, la vie à la campagne surtout que je lorgnais trop souvent sur l’Europe, Bruxelles et ma belle pour y rester. Mais je suis certain d’une chose : l’homme seul qui aspire à quelque chose dans le journalisme a tout à gagner à passer, voire rester, dans le journalisme local.

Ce n’est pas facile, cela dit. Tout va à vau-l’eau, les localiers sont de plus en plus soumis à la pression de faire du papier, gratter pour quoi, pour rien, pour faire du papier, rien, rien, rien. Quoi, deux pages seulement pour lundi, Maxence ? Oui, bon, tu en feras bien 4. Tu tireras sur les photos, au pire.

Parce que sinon c’est la peur du vide, la peur de Rossel, l’incapacité d’Hersant. Non, rien ne va plus.

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